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Finalement, 250 euros n’était pas assez cher
La semaine dernière, j’ai publié un article intitulé : « J’ai essayé de sauver la civilisation. Pour l’instant, j’ai vendu vingt places. »
J’y racontais comment trente années de recherches sur les mécanismes de l’aliénation humaine m’avaient finalement conduit à organiser un Festival destiné à prototyper une nouvelle civilisation… et à remplir environ un septième de la salle.
L’article a plutôt bien circulé. Et les réactions ont été passionnantes. Plusieurs personnes m’ont écrit pour me soutenir : « Courage Boris. » ; « Ne lâche rien ! » ; « Ton projet est magnifique, ça va finir par marcher. ». Certaines m’ont même proposé leur aide pour faire connaître l’événement.
J’ai été touché par ces mains tendues. Mais surtout perplexe.
Comprenez-moi : j’apprécie énormément les efforts que fait l’équipe organisatrice. J’apprécie les marques de soutien. Grâce à ces efforts, nous en sommes à une quarantaine d’inscrits.
Mais la réussite de cet événement ne se joue plus du tout, pour moi, à ce niveau. Il se joue précisément au fait de ne plus s’en soucier du tout.
Ce que je traverse, c’est de réaliser que le besoin de sauver le monde est en partie une stratégie de contrôle, et que je suis en train de vivre l’émerveillement de découvrir ce qui se passe quand on lâche pour se mettre à voir à quel point l’humanité est en train de devenir délicieusement absurde. Et la puissance vitale qui se libère quand on l’admet enfin.
Comment est-il donc possible, alors que je l’ai exprimé noir sur blanc, que la majeure partie des lecteurs ait compris : « Boris est triste parce qu’il ne vend pas assez de billets. Aidons-le à réussir son événement. » ?
Alors je me suis dit que c’était magnifique, précisément parce que cela démontre que le système est d’une puissance extraordinaire. Vous lui donnez un article sur l’abandon du contrôle, il vous le transforme en campagne de soutien commercial.
Le problème avec la valeur
Mais d’autres réactions m’ont encore davantage interpellées. Plusieurs personnes m’ont expliqué pourquoi elles ne viendraient pas. « 250 euros, c’est trop cher. Ce n’est pas inclusif, tu comprends. Et je ne soutiens pas les événements qui ne sont pas inclusifs. »
J’ai bien réfléchi. Et elles ont raison. Je m’étais complètement trompé sur le prix. Je reviens donc sur ma décision.
À partir d’aujourd’hui, l’entrée au New Civilization Festival coûte donc 2 500 euros.
Je sens qu’à cet instant précis, certaines personnes qui trouvaient déjà 250 euros excessifs viennent d’émettre un petit bruit. Excellent. J’avais abordé, lors de mon article précédent, la montée en puissance du grotesque dans ce moment tragi-comique de l’histoire que nous traversons. Je vais continuer à en explorer la signification.
D’abord, je ne cherche pas ici à démontrer que 2 500 euros serait le « juste prix » d’une journée comme celle-là. Je veux plutôt examiner quelque chose de beaucoup plus fascinant : comment décidons-nous de ce qui a de la valeur ?
Nous vivons dans une société capable de réaliser des arbitrages économiques remarquablement sophistiqués. Et d’une nature qui laisse parfois rêveur.
Ces derniers mois offrent à ce titre quelques repères assez stimulants. Apple a porté à 600 milliards de dollars son engagement de dépenses et d’investissements aux États-Unis sur quatre ans. De son côté, le projet Stargate, porté notamment par OpenAI, SoftBank et Oracle, a annoncé jusqu’à 500 milliards de dollars d’investissements dans les infrastructures d’IA.
Meta, qui semblait craindre de manquer le prochain train de la superintelligence, a investi 14,3 milliards de dollars pour prendre 49 % de Scale AI et faire venir son jeune fondateur, Alexandr Wang, dans ses équipes. Dans la course aux cerveaux, certains packages proposés aux chercheurs stars de l’IA se comptent désormais en centaines de millions de dollars.
Mais il serait profondément injuste de laisser toute la démesure aux ingénieurs. Le sport contribue lui aussi avec élégance à notre réflexion philosophique sur la valeur. En 2025, les Los Angeles Lakers ont fait l’objet d’un accord les valorisant à 10 milliards de dollars. Une équipe de basket. Dix milliards. À ce niveau, j’espère au moins que le ballon est fourni.
Et puisqu’il faut toujours un artiste capable de porter une époque jusqu’à son expression la plus pure, le conseil d’administration de Tesla a proposé en 2025 à Elon Musk un plan de rémunération susceptible d’atteindre environ 1 000 milliards de dollars s’il remplit une série d’objectifs extrêmement ambitieux. Mille milliards. Il faut reconnaître à notre civilisation une certaine capacité à retrouver le sens du sacré dès qu’il s’agit de capitalisation boursière.
Les vilains riches
Si je poursuivais dans cette direction, la suite serait assez facile à écrire. Il suffirait de s’indigner de cette concentration de richesse pendant que tant d’êtres humains vivent dans la précarité, que les forêts brûlent, que des services publics manquent de Canadairs alors que nous construisons parallèlement des infrastructures numériques gigantesques qui consomment des quantités indécentes d’eau pour alimenter notre nouvelle passion pour l’IA.
Je pourrais même aller jusqu’à suggérer que l’argent la cause de tous ces problèmes. Que les choses iraient mieux s’il disparaissait. Qu’en se libérant du veau d’or, l’humanité pourrait revenir à un état où nous pourrions enfin nous donner de l’amour plutôt que d’échanger des euros ou des dollars.
Certes, cette surconcentration de richesse est grotesque. Elle est même obscène. Mais, je le répète, le grotesque et l’obscène ne sont jamais que des façons qu’à la vie de créer des situations qui deviennent tellement caricaturales qu’elles nous forcent à comprendre que la cause véritable de ce que nous déplorons à l’extérieur se situe en nous.
Car ces fortunes ne sont pas tombées du ciel. Elles existent parce que des milliards d’actes quotidiens les rendent possibles : ce que nous achetons, les plateformes que nous utilisons, les entreprises dans lesquelles nous plaçons notre épargne, les emplois que nous acceptons, les critères de réussite que nous transmettons à nos enfants, les récits auxquels nous continuons de donner notre attention.
Une concentration extrême de richesse est donc moins une anomalie extérieure au système qu’une cristallisation récursive de sa conscience. Elle reproduit à grande échelle ce qui existe déjà à petite échelle dans nos désirs, nos peurs et notre fascination pour l’accumulation, le statut et la sécurité.
C’est précisément là que la condamnation morale devient insuffisante. Prenons ici un instant pour regarder, dans les analyses que l’on entend çà et là sur ce qui va mal dans le monde, la proportion qui se conclut sur une injonction : « il faut des chartes éthiques pour l’IA », « il faut remettre l’humain au centre », et bien sûr l’indémodable classique : « il faut changer l’éducation »…
Il faut, il faut, il faut…
Puisque l’injonction morale est la règle de notre époque, je propose la mienne : il faut regarder les désirs inavoués qui se dissimulent derrière tous ces « il faut ».
J’ai fini par comprendre quelque chose d’assez simple : le problème n’est pas l’argent. L’argent est une invention qui date de plus de deux millénaires et demi : mais avant lui, les premières civilisations utilisaient toutes des formes de comptabilité, et encore avant elle, les peuples premiers considéraient que le réel était sous-tendu par une trame invisible et que toute action qui créait un déséquilibre demandait une réparation.
L’argent n’est donc que le rejeton matériel d’une comptabilité cosmique originelle. C’est un canal, qui dessine avec une précision mathématique les lignes de circulation de notre conscience collective à un instant t.
Et la première chose que révèle l’argent est que notre société n’a aucun problème avec la démesure. Elle a simplement des idées extrêmement précises sur les domaines dans lesquels la démesure est autorisée.
Nous pouvons envisager 500 milliards pour construire l’infrastructure matérielle de l’intelligence artificielle sans que le chiffre paraisse métaphysiquement impossible. Nous pouvons valoriser une équipe sportive dix milliards. Nous pouvons imaginer une rémunération potentielle de mille milliards pour un seul dirigeant si sa création de valeur économique atteint les objectifs fixés.
Et lorsqu’une personne consacre vingt ans à comprendre comment restaurer la santé d’un collectif, reconstruire du lien, transformer l’éducation ou empêcher nos organisations de broyer ceux qui y travaillent, nous lui expliquons généralement avec beaucoup de bienveillance qu’il existe un appel à projets de 30 000 euros auquel elle devrait penser à candidater. Et qu’elle devra naturellement fournir un budget prévisionnel sur trois ans.
Le désir
Je pourrais, à ce stade, repartir pour un tour et dénoncer cette nouvelle obscénité : une société capable de rémunérer démesurément ceux qui accumulent, mais incapable de soutenir correctement celles et ceux qui réparent, relient, éduquent, soignent, inventent et servent le bien commun.
Ce serait tentant. Mais ce serait encore une injonction morale et un nouveau tour de manège dans la Boucle.
Or j’ai fini par remarquer que l’injonction morale apparaît souvent exactement là où un désir n’ose pas se reconnaître comme tel. Après toutes ces années de recherche sur les cycles de civilisation, j’en suis arrivé à la conclusion que c’est le point névralgique de tout.
Je m’explique : j’ai longtemps fréquenté cet univers de la transformation : innovateurs sociaux, coachs, thérapeutes, éducateurs, artistes, entrepreneurs engagés, militants écologistes, bâtisseurs de communautés, marginaux magnifiques qui consacrent leur énergie à essayer d’inventer autre chose.
Et j’y ai observé un paradoxe saisissant : beaucoup veulent profondément transformer le monde, mais éprouvent une gêne presque physique lorsqu’il s’agit d’assumer leur propre puissance.
Vouloir beaucoup d’argent devient suspect. Vouloir être influent ressemble à de l’ego. Vouloir gagner devient domination. Vouloir grandir menace l’authenticité.
Alors nous transformons notre désir réprimé en morale.
C’est ici que des figures comme Trump, Poutine ou Musk deviennent intéressantes. Non comme modèles à imiter, mais comme miroirs grossissants. Elles exhibent sans pudeur ce que beaucoup d’entre nous ont appris à réprimer : l’ambition, la conquête, l’affirmation, le goût du pouvoir, la certitude d’avoir le droit d’imposer sa vision au réel.
Plus nous avons exilé ces puissances de notre propre identité, plus leur apparition chez l’autre nous est insupportable. C’est la projection compensatoire : une énergie interdite en moi devient d’abord une Ombre, puis je la reconnais avec une acuité extraordinaire chez quelqu’un d’autre, enfin je peux la condamner chez lui tout en continuant à me croire débarrassé d’elle.
Et plus la condamnation devient furieuse, plus il devient intéressant de regarder ce qu’elle protège. Non pas pour conclure que « nous sommes tous des Trump refoulés », mais pour poser une question beaucoup plus dérangeante :

« Quelle puissance ai-je abandonnée à ceux que je condamne précisément parce que je n’ai jamais appris à l’habiter moi-même ? ».
Féminin et masculin sacrés
C’est ici qu’apparaît la polarité la plus fondamentale de la conscience : celle du féminin sacré et du masculin sacré. Car avant d’être une question de genre, ce sont deux mouvements présents en chacun de nous.
Le féminin sacré est la capacité d’accueillir l’Autre, de relier, de sentir, de protéger le lien. Le masculin sacré est la capacité de s’affirmer, de décider, de tracer une direction, de protéger son intégrité et de dire : « ceci est ce que je veux ».
Autrement dit : aimer l’autre, et s’aimer soi-même.
Quand ces deux puissances circulent ensemble, elles produisent une conscience capable d’être à la fois ferme et sensible, ambitieuse et reliée, puissante sans devenir prédatrice. C’est le pouvoir qui rencontre la vulnérabilité.
Or les grandes figures dominantes de notre époque apparaissent souvent grotesques précisément parce qu’elles incarnent une Lumière hypertrophiée : elles osent, décident, prennent des risques, imposent leur vision, pensent à une échelle démesurée. Elles nous montrent donc, sous une forme caricaturale, des qualités que nous n’osons plus assumer.
Et moins nous les assumons, et plus leur puissance doit devenir écrasante, précisément pour nous rappeler ce à quoi nous avons renoncé. Et comme nous ne voulons plus reconnaître cette puissance comme nôtre, la Lumière que ces leaders vont incarner va se mettre à tourner en rond en elle-même. Elle ne va plus voir l’Autre.
La dissociation
Je vais m’attarder sur ce point, car il est la clé pour se libérer de l’Histoire telle que nous l’avons subie jusque-là.
Lorsque le Désir d’un collectif est longtemps contenu, qu’il s’agisse du désir d’exister, d’agir, de conquérir, de décider, de jouir de sa puissance, cette énergie ne disparaît pas. Elle s’accumule dans l’Ombre jusqu’à chercher un représentant capable de l’incarner sans honte. La figure qui surgit alors reçoit le mandat de faire tout ce que le collectif s’est interdit.
Mais précisément pour remplir cette fonction, elle doit rompre avec ce qui freinait jusque-là cette puissance : le doute, la culpabilité, la vulnérabilité, l’attention portée à l’Autre. Si elle ressentait pleinement la souffrance qu’elle provoque, elle réintroduirait immédiatement dans son mouvement la polarité que le collectif a expulsée. Elle cesserait d’être l’expression pure de la compensation.
L’absence d’empathie, dans ce schéma, est donc nécessaire et structurelle. Elle permet au Désir refoulé de revenir sous une forme unilatérale, débarrassée de toute limite relationnelle. C’est pourquoi ces figures fascinent autant qu’elles terrifient. Elles manifestent une puissance que le collectif avait bannie, mais sous sa forme dissociée.
En d’autres termes, elles nous rendent notre Désir. Débarrassé de l’Autre.
Le mécanisme devient alors particulièrement pervers : en déléguant la puissance à une figure extérieure, la multitude peut conserver intacte l’image d’elle-même comme sensible, empathique et « bonne », tout en évitant d’assumer la responsabilité de sa propre capacité d’action. Quelqu’un d’autre décide, tranche, confronte, exclut, frappe, conquiert. Nous pouvons alors aimer nos proches, défendre des valeurs humanistes et condamner sincèrement la violence, tout en participant à l’architecture qui la rend possible.
Milgram en a fourni une démonstration clinique : 65 % des participants vont jusqu’au niveau maximal de choc lorsqu’une autorité leur demandait de continuer, malgré la souffrance qu’ils croyaient provoquer. Le point essentiel n’était pas l’absence de conscience morale, mais le déplacement de la responsabilité : « ce n’est plus moi qui décide ».
L’Histoire offre une version terrifiante du même processus. Le génocide nazi n’a pas été l’œuvre de quelques monstres isolés : il a nécessité administrations, entreprises, fonctionnaires, policiers et citoyens ordinaires, certains convaincus, d’autres conformistes, opportunistes ou simplement passifs.
C’est là que la dissociation devient parfaite : une minorité porte la puissance projetée, tandis qu’une majorité peut continuer à expérimenter subjectivement sa propre bonté. Le bourreau devient alors une nécessité fonctionnelle du système psychique : il accomplit ce que les autres refusent d’assumer. Et plus nous déposons notre puissance entre ses mains, plus nous pouvons ensuite nous indigner de ce qu’il en fait et goûter ainsi à notre propre pureté morale.
Toute ressemblance avec l’actualité mondiale serait purement fortuite.

Ce que nous allons réellement vendre à 2 500 euros
Quelques esprits lucides comme Hannah Arendt ont tout de suite compris que les mesures prises après-guerre pour empêcher le retour de l’extrémisme n’étaient que des faux-semblants qui ne régleraient rien.
La réalité, c’est que la majorité est plus insécure et infantilisée que jamais, et qu’elle va donc chercher des systèmes compensatoire encore plus puissants.
Alors revenons au Festival. À 250 euros, il était facile de le percevoir comme un événement. Une journée intéressante. Des ateliers. Des rencontres. Une expérience artistique. Un concept autour de l’Ombre et la Lumière.
Bref : quelque chose qu’on compare naturellement à d’autres événements.
D’où les questions qui en découlent : y a-t-il un déjeuner compris ? Qui sont les intervenants ? Sont-ils célèbres ? Combien d’ateliers ? Est-ce qu’il y a déjà beaucoup d’inscrits ?
De très bonnes questions. Qui, à 2 500 euros, deviennent déjà légèrement décalées. Et c’est précisément là que les choses deviennent intéressantes.
Parce que le Point Zéro n’est pas une nouvelle méthode de développement personnel, ni une nouvelle technique de management, ni une nouvelle philosophie politique. Ce n’est pas un parti, ou une secte, ou un cabinet de conseil 5.0.
Je refuse que le mental nous mette dans une case. C’est trop commode.
Le Point Zéro est une hypothèse sur le langage même de la conscience. C’est l’hypothèse que les crises apparaissent lorsque nous rejetons notre propre puissance et figeons les polarités naturelles de la vie dans des oppositions morales, puis projetons sur l’extérieur les forces que nous refusons de reconnaître en nous.
Ensuite, c’est une pédagogie de la post-dualité : une plateforme pour apprendre ce langage et le diffuser avant que la surpolarisation ne nous détruise.
La différence entre une formation et une initiation
Pour le dire autrement : dans un monde qui pense depuis la dualité, le Point Zéro se révèle être un bug. Un bug qui va s’évertuer à grandir.
Le Point Zéro va proposer plein de choses. Il y avait déjà un livre et un atelier. Avec le Festival, c’est l’arrivée d’une plateforme digitale, un jeu vidéo, des parcours et une monnaie de conscience.
Mais ces parcours ne sont pas une formation. Ils sont une initiation.
La différence ? Une formation ajoute quelque chose. Une initiation retire quelque chose. Vous entrez en formation pour apprendre. Vous entrez en initiation pour désapprendre.
L’initiation ne consiste pas à réparer l’individu. Elle organise une mort et une renaissance identitaires nécessaires à sa croissance. Car on ne devient pas adulte uniquement en accumulant des savoirs, mais en traversant des expériences capables de désorganiser suffisamment notre ancienne identité pour qu’une autre puisse apparaître, nous rapprochant de la puissance qui dort au fond de nous.

Voilà donc ce que je propose désormais. Ne venez pas au New Civilization Festival pour gagner quelque chose. Payez 2500 euros pour perdre enfin quelque chose.
Quoi ? Une certitude ; une posture ; un ennemi ; une vieille histoire sur vous-même. Peut-être l’idée confortable selon laquelle le problème se trouve toujours quelque part ailleurs. Peut-être l’image de la bonne personne que vous vous efforcez depuis trente ans de maintenir impeccablement en place. Peut-être même la conviction que vous êtes venu sauver le monde. Personnellement, c’est celle-là que je suis actuellement en train de perdre, et elle m’avait coûté énormément plus cher que 2 500 euros.
Est-ce que cela les vaut ?
Je n’en sais rien. C’est précisément le problème.
Nous savons assez bien calculer la valeur d’une journée d’hôtel, d’une heure de consultant, d’un logiciel, d’une formation, d’une campagne publicitaire.
Mais combien vaut une croyance qui cesse de gouverner notre vie ? Combien vaut une peur qu’on n’a plus besoin de projeter sur les autres ? Combien vaut la capacité d’un dirigeant à reconnaître que son besoin de contrôle n’est pas du leadership, mais une terreur bien habillée ? Combien vaut une communauté qui apprend à traverser ses conflits plutôt qu’à les enfouir jusqu’au moment où ils explosent ? Combien vaut une civilisation capable de comprendre pourquoi elle reproduit depuis des millénaires les mêmes guerres sous des drapeaux différents ?
Et surtout, combien vaut l’amour de soi-même ? Parce qu’espérer apporter de l’amour au monde sans s’en être rempli ressemble étrangement à l’histoire du tonneau des Danaïdes.
Et c’est peut-être avant tout cela que nous offrons à toutes celles et ceux qui se sacrifient tant pour les autres, pour la vie, pour le bien commun : leur rappeler que l’amour de l’autre ne peut avoir de valeur que quand il est un débordement de l’amour de soi.
Parce que se sacrifier quand on ne s’accorde aucune valeur revient à ne rien donner du tout.
Je décide donc, ici et maintenant, d’incarner l’amour de moi. Je décide aussi de donner enfin au mouvement que je porte sa pleine ampleur. Le Point Zéro n’est pas la trois-centième communauté de transition qui va aller quémander des queues de budget public pour vivoter.
Soyons fous
Je décide d’aller au bout de l’hypothèse.
Le Point Zéro a vocation à devenir une infrastructure de conscience à l’échelle de la civilisation. Un langage commun pour décoder les récits qui nous gouvernent. Une pédagogie capable de réconcilier puissance et vulnérabilité, individu et collectif, raison et intuition, Ombre et Lumière. Un réseau de Chrysalides suffisamment solides pour traverser les crises sans reproduire les vieux schémas. Une économie capable de remettre les ressources en circulation vers celles et ceux qui créent réellement du vivant.
Je ne veux plus penser petit pour paraître raisonnable. Je désire des millions de personnes formées à ce langage. Des milliers de Cercles. Des écoles, des entreprises, des territoires qui l’expérimentent. Des artistes, des chercheurs, des entrepreneurs, des éducateurs, des marginaux magnifiques qui disposent enfin des moyens d’agir à la hauteur de leur conscience.
Je désire que l’Oméga devienne un outil mondial de reconnaissance de la contribution au bien commun.
Je désire que le Festival devienne un rendez-vous annuel où nous mesurons, non pas combien nous avons grandi, mais combien de peurs nous avons cessé d’appeler réalité.
Je désire être l’un des plus grands prophètes de la civilisation à venir. C’est certainement délirant, mais ce qui est important, c’est que ce récit me fait avancer.
Je désire la démesure, car j’ai compris que la démesure ne devient un problème que quand nous la laissons uniquement à ceux qui ont oublié l’Autre.
C’est pourquoi je décide que le prix du billet est désormais à 2 500 euros.
Ce qui reste, j’en conviens, ridiculement bas. Mais il faut procéder progressivement. Je ne voudrais pas brutaliser le marché.
Et puis, nous avons encore quelques jours devant nous pour réviser le montant.
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